| LA NOSTALGIE DES ORIGINES
J’ai eu l’occasion, il y a quelques années, de visiter
attentivement la célèbre maison-tour que C.G.Jung fit
bâtir à Bollingen, au bord du lac de Zurich. J’avais
pour guide Dieter Baumann, petit-fils de Jung, psychiatre et psychanalyste
lui aussi, et il me parla longuement de son grand-père. Je me
sens peu capable de décrire cette maison d’un point de
vue physique, spatial, mais je peux tenter de vous rapporter l’impression
qu’elle m’a laissée et concentrer sur elle ma réflexion.
Cette maison, on le sait, n’a pas été construite
en une seule fois, elle a été l’objet de plusieurs
agrandissements. Dans son ensemble, elle apparaît comme une construction
irrégulière, flanquée d’une tour au toit
conique, entourée d’un mur d’enceinte fait en pierres
rondes de fleuve. Sa façade est trouée çà
et là de petites fenêtres protégées par une
grille. Elle renferme une petite cour au fond de laquelle des arcades
abritent une cheminée. Tout autour s’étend un vaste
jardin sauvage qui donne sur le lac. Malgré son aspect massif,
cette construction a laissé en moi une impression globale de
discontinuité et, pour ainsi dire, d’agréable inachèvement.
Une autre sensation vient s’ajouter aux précédentes,
celle d’avoir affaire à une structure par certains côtés
labyrinthique. L’idée de multiplicité trouve sa
confirmation dans la diversité des parcours que l’on peut
ébaucher à l’intérieur de cette maison, en
suivant chaque fois un fil conducteur différent. Tout d’abord
celui de la Suisse traditionnelle, que l’on reconnaît aisément
dans la solidité de l’ensemble, dans la simplicité,
dans de nombreux objets de la vie quotidienne. Vient ensuite celui du
jeu, perceptible dans la structure même du bâtiment qui
a grandi par juxtaposition, comme dans les constructions des enfants,
mais aussi dans les romans policiers (E. Wallace, Rex Stout, Stanley
Gardner…) dont Jung était un fervent lecteur. Enfin viennent
les pierres gravées, qui sont disséminées à
l’air libre. Ces pierres, à leur tour, comme la fresque
de Philémon que Jung a peinte dans sa chambre, nous invitent
à un parcours gnostique nourri d’images symboliques et
de phrases prégnantes. La plus célèbre d’entre
elles est gravée sur le linteau de l’entrée : «
Vocatus, atque non vocatus, deus aderit » Appelé ou non,
Dieu sera présent, ce qui revient à dire que l’on
ne doit pas se soustraire à son propre daimôn. Comme vous
le savez sans doute, l’antiquité classique considérait
le daimôn comme un esprit inspirateur : nous pourrions donc dire
en quelque sorte la personification d’une force archétypique,
« l’image -a écrit Jung- de ce que nous entendons
par destin ».
La description que je viens d’esquisser pourrait faire penser
qu’il s’agit d’une construction kitsch. Il n’en
est rien. Si le kitsch témoigne d’une prétention
ridicule, la personnalité de Jung qui a complètement modelé
cette maison a laissé s’épanouir en elle une dérangeante
capacité de prendre au sérieux et de poursuivre jusqu’au
bout ses propres intuitions et émotions qui exclut tout glissement
dans la mélasse du kitsch. Mais alors, que raconte cette maison
? J’en reviens à mes impressions. J’ai parlé
avant tout de cohésion, mais aussi d’inachèvement.
Ces deux termes forment, en un certain sens, un couple antithétique.
La cohésion est une notion forte et semble exclure que puissent
germer ultérieurement des sens différents de ceux qui
sont contenus dans la structure évidente de l’édifice.
L’inachèvement, au contraire, suggère un élan,
une tension vers le futur. Pour utiliser une métaphore temporelle,
la cohésion renvoie à un temps immobile, à un instant
pour ainsi dire suspendu ; l’inachèvement renvoie à
un temps en mouvement vers quelque chose dont nous ne savons pas exactement
ce que c’est. Cette impression devient plus évidente si
nous acceptons de penser l’inachèvement non comme une condition
provisoire, une sorte de cohésion non encore atteinte, mais comme
une qualité constitutive de notre vie même. Il nous apparaît
alors comme ouverture indéfinie, métaphore de l’incessant
mouvement libidinal. Dans cette perspective, nous pouvons considérer
la vie comme un continuel départ, un continuel adieu, une constante
ouverture à la nouveauté. Mais il est un point qu’il
ne faut pas perdre de vue : « prendre congé », «
dire adieu » n’est possible que s’il y a en nous quelque
chose de stable de quoi justement se séparer, quelque chose qui,
nous promettant sécurité, veut de toutes ses forces de
nous retenir. Cohésion et inachèvement doivent donc être
envisagés comme deux pôles inséparables entre lesquels
s’instaure une tension qui est la condition même de la créativité.
Une autre impression à laquelle j’ai fait allusion est
celle du labyrinthe : des escaliers étroits, tortueux, de petites
pièces qui se ramifient irrégulièrement…Le
labyrinthe, comme vous le savez, est le lieu destiné à
l’initiation selon le schéma naissance-mort-renaissance.
Pénétrer dans le labyrinthe veut dire s’aventurer
dans les régions de la mort, là où se perd le sens,
mais avec la confiance que l’on arrachera à l’obscurité
son secret pour en sortir transformé par une connaissance nouvelle
et plein d’une énergie renouvelée. Comme l’écrit
K.Kerényi, la danse du labyrinthe évoque « une direction
qui porte au cœur de la mort et au dépassement de la mort
même ». Ce processus se répète indéfiniment
car la structure même de l’existence est énigmatique.
La culture occidentale le sait, du moins depuis qu’elle a rencontré
l’histoire d’Œdipe. Parcourir le labyrinthe requiert
attention, capacité de contrôle et d’adaptation,
subtilité, flexibilité, astuce : ce que les Grecs appelaient
mètis, une forme d’intelligence « polymorphe et variée
» (Detienne), à la fois prompte et accoutumée à
l’ambiguïté. Bien sûr, on peut aussi rester
prisonnier du labyrinthe, comme le dit la phrase inscrite dans une mosaïque
labyrinthique du IIIe siècle après J.C. : « Hic
inclusus vitam perdit » (« Qui y reste enfermé perd
la vie »). Dans ce cas, le labyrinthe devient errance monotone,
énigme sans solution. Dans la préhistoire, le labyrinthe
était assimilé au corps de la terre mère. Parfois,
le voyageur est destiné à errer éternellement dans
ce corps.
Ceci nous amène au thème de cette journée : «
racines, liens et différenciation ». L’image de la
maison-tour de Bollingen renferme en elle l’intime conflictualité
de ce thème. Pour l’illustrer, commençons par nous
interroger sur ce que signifie la maison. Comme l’a écrit
G. Bachelard, pour l’homme qui accepte son origine, la maison
est « un espace heureux », une image de l’intimité
reposante, isomorphe du ventre maternel, de la coquille, du berceau
et bien sûr de la tombe (le berceau chthonien). Ayant été
notre premier univers, elle conserve, pour ainsi dire, la chaleur originelle
; à travers l’isolement, elle favorise la plongée
dans l’intériorité, elle accueille dans la quiétude
et protège contre les dangers extérieurs. C’est
aussi le lieu qui héberge les souvenirs, et tout particulièrement
les souvenirs d’enfance. En définitive, la maison est «
un corpus d’images qui fournissent à l’homme des
raisons ou des illusions de stabilité ». La ville, qui
de la maison est une extension, accueille et contient elle aussi ; elle
acquiert par cette fonction la valeur d’un symbole maternel, étant
en quelque sorte, comme l’écrit Jung, « une femme
qui porte en elle comme des enfants ses habitants ». Evidemment,
« le maternel » comporte aussi un versant terrible et destructeur,
c’est pourquoi Babylone sera l’image de la Mère terrifiante
qui dévore ses enfants. « Fourmillante cité, pleine
de rêves / où le spectre en plein jour raccroche le passant
» écrit Baudelaire.
Je voudrais attirer votre attention sur le fait que la maison-tour de
Bollingen est une maison que Jung s’est construite en y travaillant,
en prenant une part active à l’établissement du
plan aussi bien qu’à sa mise en œuvre. Ce n’est
pas la maison où il est né. J’entends souligner
par là qu’il ne s’agit pas d’une maison «
donnée », mais d’une maison voulue. Cette différence
nous permet d’approfondir notre sujet. Nous avons vu que la maison
symbolise la mère. La mère, à son tour, symbolise
la condition inconsciente, qui est, pour ainsi dire, la mère
dont émerge le Moi. L’inconscient est donc notre racine,
et la nostalgie de la mère, le retrait dans la maison, est nostalgie
d’un état originaire d’inconscience. Mais qu’est-ce
que l’inconscience, pourquoi est-elle si souvent considérée
comme une condition paradisiaque, objet d’une inguérissable
nostalgie ? L’inconscience correspond à une condition d’unité
et de non-contradiction : c’est en cela que réside sa béatitude.
L’émergence de la conscience correspond en revanche à
la décomposition de la réalité en ensemble de contraires,
et donc à sa constitution en termes de polarités et de
contrastes. Avec la conscience naissent la réflexion et la réflexion
sur soi ; alors se profile le problème éthique, qui est
le problème du conflit et du choix. L’homme découvre
ses limites, sa finitude et les déchirements auxquels il est
constamment exposé. Il est entré dans l’histoire,
qui est un « dire adieu » toujours recommencé, une
nécessité de toujours « prendre congé »
(mais aussi une continuelle occasion de mouvement, de transformation)
; il a abandonné le Paradis terrestre. Plus exactement, il sollicite
ce Paradis terrestre, cette Age d’or, quand il sent qu’il
ne supporte plus le poids des contradictions qui l’habitent. C’est
de là que procède l’idéalisation de l’enfance,
de l’heureux âge tendre et des bras accueillants de la mère
: un petit paradis reconstruit ad hoc, un rêve d’immortalité
et de toute-puissance, qui fait pendant à l’expérience
du manque, des limites et de la condition mortelle. Jung parle à
ce propos du complexe de Jonas et de la baleine, entendu comme désir
d’être réabsorbé par le sein de la Mère
archétypique. Il met en garde contre le danger d’être
dévoré par la Mère, qui correspond au désir
« de se noyer dans sa propre source ». Dans la vie personnelle,
le risque encouru est celui de rester lié à l’enfance,
à la mère réelle ou à ses substituts, en
demeurant tourné éternellement vers le passé, enlisé
dans une condition de passivité. L’infantilisme se manifeste
comme éternelle demande d’amour et de récompense
émotive immédiate, mais aussi comme identification aux
parents, ce qui rend impossible une vie autonome. Ce problème
devient évident dans les relations affectives. Là où
domine le fantasme de la mère, l’affection prend toujours
la forme de la demande, car là où il y a une mère,
il y a un enfant, c’est-à-dire un besoin. Ceci altère
les rapports en les rendant égocentriques. De nombreuses relations
de couples sont souvent contaminées par ces projections infantiles.
« Les fils à maman, écrit Jung, vivent uniquement
accrochés à leur mère et à travers leur
mère, ils ne peuvent pour cette raison s’enraciner dans
le monde, et vivent dans un état d’inceste permanent. La
mère correspond à l’inconscient collectif ; le fils,
à la conscience qui voudrait être libre mais toujours retombe
sous la domination du sommeil et de l’inconscience ». La
conflictualité, qui pour Jung est une donnée structurale
de l’existence, est vue au contraire, dans cette perspective,
comme le plus grand des malheurs et diamétralement opposée
à l’image d’une « terre sans le mal »,
d’un monde revenu à la béatitude primordiale, hors
du temps, définitivement réconcilié avec l’homme.
Le processus de construction de l’individualité comporte
donc une prise de distance par rapport à l’inconscient
; il implique que l’on quitte la maison, que l’on trahisse
la mère. Cela signifie reconnaître des limites, créer
des frontières, cerner l’espace et l’ordonner, et
donc apprendre à supporter le conflit. En latin « limite
» se dit aussi modus, qui dérive de la racine indo-européenne
med. Il s’agit d’une racine à laquelle sont associés
des concepts comme guérir (de med dérive medicus), mais
aussi méditer, réfléchir, mesurer (d’où
l’allemand messen), et enfin gouverner. Comme l’a observé
E.Benveniste, ce qui prévaut ici est l’idée de mesure.
La distinction entre le Moi, l’inconscient personnel et l’inconscient
collectif est elle-même un résultat de cette « science
des limites ». Construire une maison, plutôt que de se satisfaire
d’une maison qui existe déjà, signifie mettre en
tension le Moi et l’inconscient, ou encore remplacer la mère
réelle ou archétypique par une mère symbolique
qui, comme je l’ai dit précédemment, n’est
pas « donnée », mais s’édifie progressivement
en nous. Pour éclaircir ce point, j’aimerais recourir à
un exemple emprunté à la vie quotidienne de Jung. Dieter
Baummann, en me parlant de son grand-père, m’a raconté
qu’étant enfant il avait fait avec Jung une partie de campagne
aux chutes de Schaffhouse. Là, avec d’autres gamins de
son âge, il s’était ingénié à
construire une sorte de conduite hydraulique en unissant entre elles
des tiges de pissenlits. Il avait relié la première au
conduit d’une fontaine, mais la violence du jet d’eau avait
détruit le fragile assemblage. Alors, Jung s’était
approché et avait aidé les enfants à réparer
la conduite, puis il avait introduit une des extrémités
dans le bassin de la fontaine et avait aspiré de l’autre
côté. L’eau, alors, s’était mise à
couler miraculeusement du bassin jusqu’au sol, et elle grimpait
même durant un bout de son trajet ! L’enfant avait été
vivement impressionné ; l’adulte qu’il était
devenu relisait l’épisode dans une perspective symbolique.
Mon grand-père, me dit-il, était un homme capable d’extraire
des profondeurs et de canaliser l’élément liquide,
c’est-à-dire l’inconscient. A la même époque
(c’est-à-dire au moment de la guerre), Jung s’était
réfugié avec sa femme, ses filles et ses petits-enfants
dans les montagnes du pays de Berne. Baumann encore nous raconte : "
Le matin, Jung nous accompagnait au bord d’un torrent voisin.
Il nous faisait ramasser des pierres et il nous aidait à construire
un château mégalithique. Je crois qu’il faisait tout
cela pour conjurer la panique et faire quelque chose qui ait un sens.
Ce château, il le construisait bien sûr pour nous faire
jouer, mais c’était aussi un travail symbolique. Quand
on y pense, un château sur un bloc de rocher, au milieu du torrent
! C’était vraiment ce dont nous avions besoin ».
J’ajouterai un autre souvenir qui va dans la même direction.
Quand Baumann avait 14-15 ans, Jung les emmena, lui et son frère,
sur le lac de Zurich pour leur apprendre à naviguer à
la voile. Avant de partir il leur dit que « quand on navigue à
la voile, il est permis de pousser des jurons. Car lorsqu’on navigue
il faut une discipline de fer, une discipline qui va tellement à
rebours de la nature humaine, qu’il faut au moins pouvoir jurer
».
Tous ces exemples me semblent illustrer de manière très
suggestive le passage de l’immédiateté pulsionnelle
-qui est notre racine originaire- au monde des règles et des
échanges, dans lequel l’immédiateté n’est
pas niée mais canalisée. A propos de canalisation, le
dernier souvenir qui m’a été confié par Baumann
est celui d’un Jung absorbé par ses waterworks (c’est
ainsi qu’il les appelait). « Tout près du lac, il
creusait la terre pour isoler de petits filets d’eau et les faire
converger en un seul canal qui drainait l’eau du terrain. Une
année avant sa mort, quand j’avais déjà atteint
l’âge de 33 ans, je l’ai encore vu faire ce travail.
Il avait un bâton de ski à l’extrémité
duquel il avait fixé une petite pelle, semblable à celles
des enfants, et avec cette pelle il enlevait les cailloux qui freinaient
l’écoulement de l’eau. Cela l’amusait, et il
pouvait rester là des heures entières. C’est une
image typique qui m’est restée de lui, assis là,
sur une petite chaise. »
Soit dit en passant, ces exemples ne doivent pas nous faire penser que
Jung était un homme parfaitement équilibré. Ce
serait contraire non seulement à la réalité mais
à sa théorie même. Le concept d’Ombre et,
dans la typologie, celui de « fonction inférieure »
renvoient tous deux aux aspects obscurs, archaïques et jamais pleinement
rachetables de notre personnalité. Baumann toujours m’a
raconté que Jung a dit un jour que son « sentiment était
un monstre ». Cela se remarquait surtout dans ses manifestations
d’agressivité et, quand il était plus jeune, dans
ses relations érotiques. Jung nous a cependant enseigné
que le mal ne peut être éliminé, mais qu’il
est essentiel d’en devenir conscient et d’être disposé
à payer le prix de ses erreurs. De cette manière, on évite
de projeter en dehors de soi, sur les autres, le mal que l’on
a en soi. Celui qui affirme qu’il est innocent -a dit Jung- est
d’une stupidité abyssale.
J’ai illustré indirectement, à travers les exemples
qui précèdent, le processus qui conduit hors de la mère,
c’est-à-dire hors de l’état originaire de
non-différentiation. C’est un processus qui, comme je le
disais, demande que soient établies des limites, des digues entre
lesquelles canaliser l’énergie : ce qui signifie, une fois
encore, accepter le conflit entre les exigences opposées qui
tiraillent notre existence. Il ne faut pas oublier toutefois que Jung
postule aussi la nécessité du cheminement en sens inverse.
Détachement de la mère et retour à la mère
sont deux mouvements complémentaires. Par conséquent,
les frontières entre conscient et inconscient doivent être
franchissables dans les deux sens. Ainsi est affirmée la nécessité
d’un constant renouvellement à travers un processus réitéré
d’intégration du conscient et de l’inconscient. S’il
est vrai que le Moi, lorsqu’il émerge, doit se dégager
de l’étreinte dangereuse de l’inconscient, il est
tout aussi vrai que, bien souvent, au fur et à mesure que passent
les années, le moi s’éloigne trop de ses racines
inconscientes et en vient à se raidir et à se stériliser.
Une conscience trop civilisée souffre d’ubris et n’a
plus la patience d’écouter l’autre partie en cause.
Ceci vaut pour les individus, mais aussi pour les civilisations. Jung
a plusieurs fois insisté sur le danger de l’inflation psychique
conjuguée à la surévaluation de la raison et de
la technique. Il faut alors, pour rééquilibrer la situation,
s’exposer de nouveau à l’influence de l’inconscient,
faire une sorte de retour dans le sein maternel pour renaître
renouvelé, c’est-à-dire avec une conscience plus
large. Le retour à la mère représente un accès
à l’autre versant de nous-mêmes, au monde des images
et des potentialités intérieures. Tel est l’aspect
potentiellement positif de la régression. Ainsi que l’écrit
Jung, la plongée de la libido dans l’inconscient «
d’une part provoque des réactions infantiles…, d’autre
part active aussi des images auxquelles est lié un sens thérapeutique
et compensateur. » La mère qui engloutit et retient est
donc aussi celle-là même qui peut alimenter la conscience
sans l’étouffer. Il est une image très belle qui
résume en elle la fonction de l’origine comme lieu de l’union
et comme lieu de la séparation, de l’adieu, c’est
l’image de la croisée des chemins. Là où
les routes à la fois se séparent et se rejoignent, les
anciens offraient à Hécate des sacrifices.
Les rapports entre le Moi et l’inconscient, Jung les conçoit
donc à l’intérieur d’un modèle dynamique
dans lequel l’émersion et la réimmersion ont autant
d’importance l’une que l’autre. On pourrait aussi
parler, pour les individus comme pour les sociétés, d’ascension-déclin-nouvel
essor. Pour employer le langage oedipien, disons que l’interdit
de l’inceste, et donc l’exogamie, est la condition du détachement
par rapport aux liens originels et par conséquent de la civilisation.
L’interdit de l’inceste, écrit Jung, est la barrière
qui impose à l’homme de sacrifier son « enveloppement
dans la mère primordiale, c’est-à-dire l’état
d’inconscience initial ». Toutefois, l’inceste symbolique
correspond à son tour à une exigence de renouvellement.
Le but inconscient de l’image incestueuse, écrit encore
Jung, n’est donc pas un désir d’union mais une soif
de régénération à travers le contact avec
le sein maternel primordial. Il s’agit donc d’une recherche
de soi et non d’une rechute dans l’infantilisme. «
Les années s’écoulent et avec l’âge
vient le dessèchement, la lignification intérieure…
Tout ce qui est jeune devient vieux, toute beauté se fane, toute
chaleur se refroidit, tout éclat s’éteint et toute
vérité devient fade et plate. Car tout cela prit forme
un jour et toutes les formes sont soumises à l’action du
temps ; elles vieillissent, souffrent, s’écroulent –à
moins qu’elles ne se métamorphosent…A chaque descente
succède une montée. » La même idée
est exprimée par l’anthropologue Arnold van Gennep, quand
dans Les rites de passage il écrit : « Vivre signifie se
désagréger et se recomposer continuellement, changer d’état
et de forme, mourir et renaître ».
Jung lui-même, vous le savez, a traversé après sa
rupture avec Freud une période assez longue de profond désarroi,
durant laquelle il a rencontré et affronté les figures,
puissantes et terribles, qui montaient vers lui de l’inconscient
collectif. Ce fut pour lui un parcours douloureux de régénération
intérieure.
Comme cela apparaît clairement, la dynamique de l’inceste
rappelle avec insistance la relation chaos/cosmos si souvent observée
par les anthropologues et les historiens des religions dans les rites
et coutumes des peuples.
Le travail d’intégration des contraires, dans lequel réside
la dialectique conscient-inconscient, peut s’enrayer de diverses
manières. Je voudrais illustrer pour vous un cas particulier
de grippage, dont le résultat est appelé puer aeternus,
l’éternel enfant. D’un point de vue descriptif, cette
manière d’être que nous appelons Puer se manifeste
comme constante instabilité, quête incessante et jamais
satisfaite dont l’objet toujours s’éloigne ; comme
attraction pour la nouveauté et pour l’univers des possibles,
à laquelle correspond l’incapacité d’entrer
dans le temps et de vieillir ; comme difficulté d’adaptation
et vulnérabilité ; comme goût des hauteurs, spiritualité,
tendance au vol et à la chute. Les verbes qui lui sont propres
sont chercher, questionner, voyager, poursuivre, transgresser ; jamais
: s’enraciner. Dans sa forme la plus radicale, le Puer apparaît
comme éternellement jeune, éternellement exilé
; incapable de s’endiguer, incapable d’être père
de lui-même ; à ses yeux, le monde est quelque chose dont
il faut constamment se méfier. C’est à cette manière
d’être que je pensais quand j’ai intitulé mon
intervention « La nostalgie des origines ».
La mythologie connaît de nombreuses figures de ce type. Bellérophon,
par exemple, ce jeune héros surgi de la mer, impétueux,
sans cesse en mouvement, à qui la vie confirme le vieil adage
: « Il eût mieux valu ne pas naître ! ». On
raconte que, monté sur Pégase, le cheval ailé qu’il
avait reçu de son père Poseidon, Bellérophon voulut
s’élever jusqu’au ciel et prendre place dans le conseil
des dieux. Le cheval divin désarçonna le téméraire
et le fit tomber dans la plaine d’Aleia, la « plaine de
l’errant ». L’infortuné, en boitillant, se
remit à vagabonder, se lamentant sur le sort des mortels et fuyant
les hommes. Cette lamentation est une autre caractéristique de
la conscience puer, qui se sent exilée et accuse le monde de
ne pas la comprendre et de lui résister.
Dans le même contexte se situent des figures comme celles d’Icare
et de Phaéton, qui furent empêchés de s’élever
trop haut dans les airs. Citons encore Adonis, le frêle jeune
homme aimé d’Aphrodite et blessé à mort par
un sanglier lancé contre lui par Arès. Comme l’a
observé J.-P. Vernant, quand Adonis « doit franchir le
seuil de l’adolescence, qui marque pour le jeune homme le moment
d’entrer dans la vie sociale comme guerrier et futur mari, le
cours de sa vie amoureuse est brutalement interrompu. Il succombe au
cours de l’épreuve qui normalement ouvre la voie à
la pleine virilité… Son hyperpuissance sexuelle, limitée
à la période qui habituellement ignore les relations amoureuses,
disparaît dès qu’il atteint l’âge de
l’union conjugale. Elle cesse là où commence le
mariage… La semence d’Adonis reste inféconde ».
La littérature, elle aussi, connaît bien cette figure.
Dans la littérature en langue allemande on rencontre souvent
la figure du Wanderer, du vagabond. Le vagabond n’a ni feu ni
lieu. Il se déplace de village en village, dort dans les granges
; parfois, en échange de quelques petits travaux, une famille
de l’endroit lui offre l’hospitalité. C’est
un marginal, mais pas nécessairement un clochard ou un antisocial.
Il n’est pas rare que ce soit un jeune homme : un garçon
sympathique, fin et bien élevé dans ses manières,
capable de gestes délicats, de paroles efficaces et parfois profondes.
Souvent il connaît un métier ou sait jouer de la musique
et chanter ; durant ses brefs séjours dans un village, les jeunes
filles s’éprennent de lui et il se laisse aller à
quelques amourettes. Mais cela dure peu, le vagabond repart. Il pourrait
demeurer, mais il ne le fait pas. Il pourrait facilement trouver un
travail fixe, se marier, fonder une famille. Au contraire, il repart.
Il dit que s’il restait, l’air viendrait à lui manquer.
Je pense qu’en réalité il ne se fixe pas car il
sait que toute chose a sa fin, alors il l’anticipe, pour ne pas
trop souffrir. Pour lui, il n’est nul endroit sans défaut,
tous les rapports sont inaccomplis et imparfaits, car tous subissent
l’usure. C’est là ce qui fait du Wanderer un éternel
voyageur, toujours à la recherche d’un endroit qui n’existe
pas, c’est-à-dire de l’utopie. Ainsi, se déplaçant
toujours, il ne consomme jamais un lieu, un rapport ; il y goûte,
pour ainsi dire, du bout des lèvres et poursuit sa route vers
la nouveauté qui l’attire et aussitôt le déçoit.
On a dit du Wanderer qu’il était « le vagabond romantique,
à la recherche du pays aimé, ardemment désiré
et jamais connu. Dans les Chants d’un compagnon errant (Lieder
eines fahrenden Gesellen) de Gustav Mahler nous sentons « avec
quelle sombre joie le héros, au rythme d’une marche funèbre,
entame son voyage vers l’ultime province de la mémoire
», vers cette patrie qui est en réalité l’absence,
l’impossibilité d’une patrie sur cette terre. On
pourrait dire que le vagabond a été seulement prêté
au monde et qu’il est pour cela toujours prêt à retourner
dans son lieu d’origine. Il ne craint pas la mort, elle lui est
familière et il l’aime. La mort est une aube, un anéantissement
heureux, un retour au sein maternel. On pourrait appliquer au vagabond
la phrase lapidaire de Joyce : « L’histoire est un cauchemar
dont j’essaie de me réveiller ».
Il est clair que le Puer n’a pas réussi à se détacher
de la Mère et de l’inconscient. Dans la systématisation
de Jung, le Puer est le « fils à sa mère »
ou plutôt le fils de la « Grande mère », à
laquelle il est lié dans une relation d’émouvante
complicité. C’est à sa manière un héros,
qui jette au vent sa propre vie pour rester fidèle à la
matrice qui l’a engendré. Un fils qui ne s’est pas
libéré de sa mère et qui, pour cette raison, a
du mal à entrer dans le monde ; tandis qu’il court d’une
expérience à l’autre, il a la tête tournée
derrière lui et le regard fixé sur ce point originaire,
qui est son but inconscient et dont -quoiqu’il ne le sache pas-
il ne s’est jamais éloigné. Jung a écrit
: « Dans l’adulte se cache en effet un enfant, un éternel
enfant, une partie interne en continuel devenir, jamais accomplie, qui
demanderait un soin constant, attention et éducation ».
Le Puer aeternus dont je vous parle est quelqu’un qui a pour ainsi
dire éternisé la dimension de l’inachèvement,
quelqu’un qui a décidé de ne pas se laisser éduquer.
La nostalgie du Puer aeternus a été interprétée
par Jung comme difficulté à se séparer de la mère
et donc comme aspiration à revenir à un état d’inconscience.
Jung écrit : « Enfant implique quelque chose qui évolue
dans le sens de l’autonomie. Cela nécessite un détachement
par rapport aux origines ». Et encore « C’est seulement
de la séparation, du détachement, du douloureux «
être en désaccord » que peuvent naître la conscience
et l’auto conscience ». L’errance du Puer est «
un symbole de l’élan, du désir insatiable qui ne
trouve jamais son objet, de la nostalgie pour la mère perdue
». « Nous voyons alors sur la scène psychologique
un homme qui vit… cherchant sa propre enfance et sa propre mère,
fuyant le monde froid et hostile qui ne veut absolument pas le comprendre
». A propos de son rapport avec le monde, Jung ajoute : «
Dès qu’il a pris son élan, le Puer s’arrête
: le souvenir secret que monde et bonheur peuvent aussi être donnés,
et donnés par la mère, paralyse son élan et sa
persévérance. La part de monde que comme tous les hommes
il doit toujours à nouveau affronter n’est jamais la bonne
parce qu’elle ne se donne pas, ne vient pas à sa rencontre
mais résiste, veut être conquise, et ne cède qu’à
la force. Elle sollicite la virilité de l’homme…
C’est pourquoi il aurait besoin d’un Eros infidèle,
capable d’oublier sa mère et de s’infliger la douleur
d’abandonner le premier amour de sa vie ».
Il faut aussi ajouter qu’un des aspects fascinants du Puer réside
justement dans sa manière de n’être pas pleinement
dans le monde. Cela lui permet d’avoir un regard plus désabusé
et objectif, d’être moins tributaire des mythes, des valeurs
et des modes qui ont cours, de conserver l’enthousiasme pour la
recherche. Il a donc tous les attributs qu’il faut pour qu’on
soit tenté de voir en lui une incarnation de l’esprit de
révolte, de la transgression anti-productiviste, du disfonctionnement
hédoniste et ainsi de suite. Il faut remarquer que de cette façon
on confond souvent une manière d’être irréfléchie
et compulsive avec une attitude réfléchie de transformation
individuelle et sociale. L.Binswanger a écrit à ce propos
: « Nous devons toujours maintenir une distinction entre le fait
de se laisser transporter par les désirs, les idées, les
idéaux et la lente, la dure progression degré après
degré au long de l’échelle qui fait que ces désirs,
ces ideés, ces idéaux de vie, artistiques, philosophiques,
scientifiques se différencient et se traduisent en paroles et
en actes. » En d’autres termes, le Puer possède beaucoup
de qualités mais il ne les utilise pas à des fins constructives.
Par ce biais, il est fait allusion à l’Ombre du Puer, à
son versant caché et obscur, qui est fait d’égocentrisme,
de cynisme, de froideur, d’infidélité, d’absence
de réflexion sur soi, autant d’aspects qui compensent l’idéalisme,
la disponibilité et la générosité conscients.
Il est clair désormais que le mouvement du Puer est une fuite
hors du monde : dans sa soif d’absolu, il nie ce qui est spécifiquement
humain parce que trop banal et tente de se soustraire à l’inépuisable
travail de médiation entre les instances contradictoires qui
nous habitent, c’est-à-dire à la vie même.
Il est presque superflu d’ajouter que le Puer, quand il rencontre
le Père, cesse d’être Puer, c’est pourquoi
il n’a aucun intérêt à le rencontrer. C’est
alors le Moi qui doit assumer la charge d’intégrer les
messages qui proviennent de part et d’autre. Puer et Senex deviennent
dans ce cas les deux fonctions antagonistes qui avec des bonheurs divers
alimentent l’incertaine maturité de l’homme.
Par ceci je veux souligner que, lorsqu’on parle de Puer, on n’entend
pas désigner seulement un type humain, mais plutôt décrire
une modalité d’existence, un archétype : une réalité
donc qui nous concerne tous dans une certaine mesure et avec laquelle
nous devons régler nos comptes.
Pour conclure, je voudrais illustrer la figure du Puer en me servant
de quelques rêves. Je tiens à préciser que mon intention
n’est pas d’exposer ici un ou plusieurs « cas cliniques
», mais seulement de montrer comment à travers quelques
rêves particulièrement expressifs, il est possible de souligner
les aspects saillants de la modalité Puer. Je commencerai par
un rêve d’un de mes patients particulièrement téméraire,
qui plusieurs fois a mis à l’épreuve son amour pour
la mort en se précipitant dans des situations hautement dangereuses.
Comme nous l’avons vu, l’amour pour la mort est, chez le
Puer, une forme de nostalgie des origines, l’aspiration à
retrouver sa maison, à se fondre dans le sein de la Grande Mère.
Nous voyons reparaître ici le mythe de l’inconscience originaire
(dont la figure du retour à la mère est l’image
prégnante), dépourvue de tensions et de mémoire,
réservoir d’infinies possibilités sans un sujet
qui assume le tourment de leur donner une forme. Dans cette perspective,
la mort apparaît paradoxalement comme le réveil au terme
du vilain rêve qu’est la vie ici-bas. Ce patient a rêvé
que je m’apprêtais en tant qu’analyste/chirurgien
à lui racler le cerveau pour le libérer du voile de Maya.
Quand nous avons examiné le rêve, je lui ai demandé
ce qu’était le voile de Maya. Il m’a répondu
: le monde des illusions. Je lui ai alors demandé quelle était
son illusion essentielle. Il m’a répondu : l’immortalité.
Le but de l’analyse dans ce cas consiste donc à le libérer
de l’illusion d’immortalité. Mais qu’est-ce
que l’immortalité sinon le désir de sortir du temps,
c’est-à-dire de l’existence historique ? C’est
justement le retour à la maison. Au contraire, sortir de la maison
équivaut à renoncer à une illusoire toute-puissance
sans objet pour accéder au monde de la temporalité avec
ses déceptions. Se donner au temps signifie justement s’user,
reconnaître ses limites, s’exposer à l’échec.
Envisagée du point de vue de la pure potentialité, la
vie dans le temps apparaît assez misérable, car ce qui
est dans le temps assume le poids de la matière, son opacité.
Ce n’est pas par hasard que l’on dit : l’usure du
temps. Le temps nous corrode et nous épuise, en nous conduisant
vers la mort. Le Puer, au contraire, voudrait conserver son temps comme
un talent enfoui dans la terre, pour le rendre intact à l’éternité.
Vivre, dit-il, cela n’en vaut pas la peine : le temps est un usurier
qui exige trop en échange de ce qu’il donne. Ceci fait
penser qu’il voudrait être guéri de la vie, non de
la névrose.
Ce même patient a rêvé également qu’il
partait pour une île au beau milieu de la mer, qui était
l’île heureuse, « l’île du bonheur »,
où il n’y avait plus aucune mémoire du monde. La
situation évoquée devient plus claire si je fais appel
au souvenir d’un autre patient, qui rêvait très souvent
que son père dormait. En lui dormait le modèle du logos
et de la virilité, le courage d’affronter le monde et la
possibilité de s’accommoder aux lois et aux institutions.
Un autre rêve typiquement Puer est celui d’une jeune fille
: elle stationnait dans une grande salle d’attente, ayant conscience
que cette salle d’attente était la vie. Dans l’imagination
de la patiente la vie est une sorte d’intermède, un lieu
où l’on attend de partir, ou mieux d’où l’on
attend de partir. Si la vie est attente, le départ (l’arrivée
du train, la fin de l’attente) est déjà en dehors
de la vie. La vie donc regarde au-delà d’elle-même,
et se concentre sur un ailleurs qui reste toutefois un pur objet de
désir. Dans ce rêve, comme dans celui du patient précédent,
ce qui est au-delà de la vie se soude avec ce qui la précède,
point d’arrivée et point de départ coïncident.
Je vous raconte pour terminer le rêve d’un peintre de talent,
souffrant de problèmes d’identité et de difficultés
à se situer dans le monde. Le rêve est le suivant. «
Je voyais une plage, une étendue de sable divisée par
des canaux que remplissait l’eau de la mer. Les canaux devenaient
de plus en plus grands et dessinaient une espèce de ville-labyrinthe.
A la fin, je me trouve dans cette ville labyrinthique. Commence alors
une guerre, j’en entends les bruits dans les galeries, dans les
canaux. J’essaie de fuir en grimpant sur les murs en haut desquels
il y a des fenêtres. Mais je m’aperçois que les fenêtres
ont une grille dans la partie qui regarde vers le ciel. » Le rêve
s’arrête là. D’un espace indifférencié
émerge une structure qui est une ville, l’espace des commerces
humains. Cette structure est toutefois labyrinthique, elle demande que
constamment soient opérés des choix de direction ; et
c’est un lieu de conflits, c’est-à-dire de contradictions
déchirantes. Ville, labyrinthe, conflit semblent n’être
qu’une seule et même chose. Nous voudrions en sortir, nous
diriger vers les espaces infinis. Evidemment cela ne se peut pas.
Augusto Romano
Relazione tenuta in occasione del Convegno « Des racines et des
liens », organizzato in Grenoble (Fr) il 13 ottobre 2001 dal Groupe
Rhône-Alpes pour l’Etude de la Psychanalyse d’Approche
Jungienne (GRAEPAJ), 3, boulevard du 4 septembre – 38500 VOIRON.
|